Programme de contrôle de l'écosystème de la CCAMLR (CEMP)
Après son entrée en vigueur en 1982, la CCAMLR a reconnu la nécessité de détecter et de relever les changements importants affectant les éléments clés de l'écosystème, afin de disposer du socle nécessaire à la conservation des ressources marines vivantes de l'Antarctique. Le programme de contrôle de l’écosystème de la CCAMLR (CEMP) a été établi en 1989.
Les objectifs du CEMP sont les suivants :
détecter et relever tout changement important dans les composantes essentielles de l'écosystème marin de la zone de la Convention, afin de disposer de données servant de base à la conservation des ressources marines vivantes de l’Antarctique ;
distinguer les modifications dues à l'exploitation des espèces commerciales de celles dues à la variabilité du milieu, tant physiques que biologiques ;
effectuer des analyses à partir de données CEMP existantes afin de rendre un avis au Comité scientifique sur le statut de l’écosystème et les tendances observées, et de faire progresser la mise en œuvre de l’approche révisée de gestion de la pêcherie de krill (SC-CAMLR-42, paragraphes 2.71 à 2.72) ;
Le CEMP effectue le suivi des « espèces indicatrices », à savoir des prédateurs marins dont les proies sont également visées par les pêcheries commerciales et qui devraient, en principe, réagir de manière mesurable aux évolutions de la disponibilité de l'espèce exploitée. Dans le cas des espèces dépendantes du krill, les espèces terrestres telles que les otaries et les manchots sont incluses.
Pour être utiles, les espèces indicatrices doivent être faciles à suivre, avoir une longue durée de vie, se prêter à des mesures répétées et fréquenter des sites de reproduction relativement fixes.
Les espèces indicatrices du programme du CEMP sont :
le manchot Adélie (Pygoscelis adeliae)
le manchot à jugulaire (P. antarctica)
le manchot papou (P. papua)
le gorfou macaroni (Eudyptes chrysolophus)
l’albatros à sourcils noirs (Thallasarche melanophrys)
le pétrel antarctique (Thalassoica antarctica)
le pétrel du Cap (Daption capense)
l’otarie de Kerguelen (Arctocephalus gazella).
Pour chaque espèce de prédateur, plusieurs paramètres font l’objet d’un suivi. Les échelles temporelles et géographiques selon lesquelles ces paramètres sont censés refléter les changements de l’état de l’écosystème varient de quelques semaines à une échelle locale (afin de refléter la durée des sorties alimentaires : régime alimentaire et croissance des jeunes) à des échelles annuelles ou semestrielles à l’échelle régionale (poids des oiseaux à l’arrivée sur les sites de reproduction, réussite de la reproduction, taille des populations).
Les recherches sur le terrain et l’acquisition des données sont réalisées à titre volontaire par les membres de la CCAMLR. Les données recueillies au moyen de méthodes standardisées sont soumises au Secrétariat de la CCAMLR.
L’ évaluation intégrée des données du CEMP sera essentielle pour apprécier les effets conjoints de la pêche au krill et du changement climatique sur les espèces dépendantes, et pour l’intégration de ces paramètres dans des procédures de gestion à long terme. Ces données serviront également à éclairer l’approche révisée de gestion de la pêcherie de krill, qui vise à répartir les captures de krill de manière à réduire le chevauchement potentiel entre l’effort de pêche au krill et les prédateurs de krill, en s’appuyant sur des données combinées relatives à la répartition des différents prédateurs de krill et à leurs besoins alimentaires en krill en fonction des saisons.
Les sites de contrôle du CEMP sont choisis principalement en fonction de la présence d’espèces clés, ainsi que de l’existence et de la nature des activités scientifiques actuelles ou envisagées à long terme, et, dans une moindre mesure, afin d’assurer une couverture géographique adéquate. Les sites actuellement contrôlés dans le cadre du programme CEMP sont présentés ci-dessous.
| Nom du site | Géré par | Description |
| Station Esperanza (baie Hope) – ESP | Argentine | La station Esperanza est une base argentine permanente construite en 1952. Elle est située au nord de la péninsule Antarctique, dans la baie Hope, sur la péninsule Trinity (sous-zone 48.1). Une importante colonie de manchots Adélie fait l’objet d’un contrôle de différents paramètres tels que le poids des adultes à leur arrivée, la taille de la population reproductrice, la réussite de la reproduction, le poids des jeunes à la première mue et le régime alimentaire des jeunes. |
| Île Laurie – LAO | Argentine | L’île Laurie (sous-zone 48.2) est située dans les îles Orcades du Sud, où la station argentine Orcadas, établie en 1904, est la plus ancienne base encore en activité en Antarctique. Ce site est utilisé pour effectuer un suivi du poids des adultes à leur arrivée, de la taille de la population reproductrice, de la réussite de la reproduction ainsi que du poids des jeunes à la première mue chez les manchots Adélie. |
| Pointe Stranger (île du Roi George) – SPS | Argentine | La pointe Stranger est une zone située au sud-ouest de l’île du Roi George, dans les îles Shetland du Sud (sous-zone 48.1). Les recherches sur la pointe Stranger sont menées depuis la base argentine permanente, établie à l’origine sous le nom de Jubany en 1953 et rebaptisée Carlini en 2012. Les paramètres suivants sont contrôlés chez les manchots Adélie : le poids des adultes à leur arrivée, la taille de la population reproductrice, la réussite de la reproduction, le poids des jeunes à la première mue et leur régime alimentaire. |
| Baie Paradis - PBA | Argentine | La baie Paradis fait partie du réseau de contrôle par caméras du CEMP, les chercheurs opérant depuis la station Brown. Des caméras permettent de contrôler la réussite de la reproduction et la chronologie de reproduction des manchots papous. |
| Île Shirley (station Casey) – SHI | Australie | L’île Shirley (division 58.4.1) est administrée par l’Australie et fait partie du réseau de contrôle à distance par caméras, afin d’effectuer un suivi des manchots. L’île Shirley (division 58.4.1) est administrée par l’Australie depuis la station Casey et fait partie du réseau de contrôle à distance par caméras qui permet d’assurer le suivi des manchots. Située en terre de Wilkes. Les données devraient être disponibles chaque année. |
| Île Béchervaise - BEE | Australie | L’île Béchervaise (division 58.4.2) est la plus grande des îles Flat, dans la baie de Holme, à proximité de la station Mawson (fondée en 1954). Des scientifiques de l’Australian Antarctic Division y assurent le suivi de la taille de la population reproductrice, de la réussite de la reproduction et de la chronologie de reproduction des manchots Adélie. |
| Île Verner (station Mawson) - VIM | Australie | L’île Verner (division 58.4.2) est administrée par l’Australie depuis la station Mawson et fait partie du réseau de contrôle à distance par caméras afin d’effectuer un suivi des manchots. Située en terre de Mac. Robertson. Les données devraient être disponibles chaque année. |
| Île Maggs - MGI | Australie | L’île Maggs (division 58.4.2) est administrée par l’Australie depuis la station Mawson et fait partie du réseau de contrôle à distance par caméras destiné au suivi des manchots. Située en terre de Mac. Robertson. Les données devraient être disponibles chaque année. |
| Île Gardner – GDI | Australie | L’île Gardner (division 58.4.2) est administrée par l’Australie depuis la station de recherche Davis et fait partie du réseau de contrôle à distance par caméras destiné au suivi des manchots. Située en terre de la Princesse-Élisabeth. Les données devraient être disponibles chaque année. |
| Île Hop - HOI | Australie | L’île Hop (division 58.4.2) est administrée par l’Australie depuis la station de recherche Davis et fait partie du réseau de contrôle à distance par caméras destiné au suivi des manchots. Située en terre de la Princesse-Élisabeth. Les données sont généralement soumises un an après la saison en raison de l’accès par hélicoptère. |
| Steinnes Island Group - SIG | Australie | Le Steinnes Island Group (division 58.4.2) est administré par l’Australie depuis la station de recherche Davis et fait partie du réseau de contrôle à distance par caméras destiné au suivi des manchots. Situé en terre de la Princesse-Élisabeth. Les données sont généralement soumises un an après la saison en raison de l’accès par hélicoptère. |
| Pointe Blakeney - BLP | Australie | La pointe Blakeney (division 58.4.1) est administrée par l’Australie depuis la station Casey et fait partie du réseau de contrôle à distance par caméras destiné au suivi des manchots. Située en terre de Wilkes. |
| Île Odbert – ODI | Australie | L’île Odbert (division 58.4.1) est administrée par l’Australie depuis la station Casey et fait partie du réseau de contrôle à distance par caméras destiné au suivi des manchots. Située en terre de Wilkes. Les données devraient être disponibles chaque année. |
| Baie Seaview (île Inexpressible) - SVB | Chine | La baie Seaview, située sur l’île Inexpressible dans la baie du Terra Nova en terre Victoria en mer de Ross occidentale (sous-zone 88.1), abrite une colonie de manchots Adélie (Pygoscelis adeliae) établie de longue date et d’importance écologique pour la région. Cette colonie existe depuis des millénaires et demeure l’une des plus vastes et des plus importantes de la région de la mer de Ross. La taille de la population reproductrice est contrôlée sur ce site à l’aide d’images à haute résolution acquises par drone, combinées à des observations sur le terrain, conformément aux méthodes standard du CEMP. |
| Île des Pétrels (station Dumont-d’Urville) – PIS | France | La collecte des données est assurée par la France depuis la station Dumont-d’Urville. Les données concernent les manchots Adélie. |
| Île Goudier – GOI | Royaume-Uni | L’île Goudier (sous-zone 48.1) a été découverte par une expédition française dans les années 1900. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques ont établi la première station de recherche britannique permanente, appelée base « A », à Port Lockroy/île Goudier. Elle a été abandonnée en 1962, avant d’être classée site et monument historiques au titre du Traité sur l’Antarctique en 1996 et restaurée pour devenir le musée de Port Lockroy. Le personnel du musée assure le suivi de la taille de la population reproductrice et du succès reproductif des manchots papous. |
| Île Signy – SIO | Royaume-Uni | L’île Signy est située dans les îles Orcades du Sud (sous-zone 48.2). Des scientifiques britanniques de la station de recherche Signy assurent le suivi de la taille de la population reproductrice, de la réussite de la reproduction, du poids des jeunes à la première mue, du régime alimentaire des jeunes et de la chronologie de reproduction des manchots Adélie et des manchots à jugulaire. La taille de la population et le succès reproductif des manchots papous sont également contrôlés sur ce site. |
| Île Bird– BIG | Royaume-Uni | L’île Bird (sous-zone 48.3) est une station de recherche britannique établie en 1957 et qui fonctionne tout au long de l'année depuis 1982. Sur ce site, le poids des adultes à leur arrivée, la taille de la population reproductrice, la réussite de la reproduction, le poids des jeunes à la première mue et leur régime alimentaire chez les gorfous macaroni font l’objet d’un suivi, tout comme la taille de la population reproductrice, la réussite de la reproduction et le poids des jeunes à la première mue chez les manchots papous. Chez les otaries de Kerguelen, la durée des sorties alimentaires et la croissance des jeunes sont contrôlées, de même que la taille de la population reproductrice et la réussite de la reproduction chez les albatros à sourcils noirs. |
| Maiviken – MAI | Royaume-Uni | Maiviken est située à l’extrémité nord de la péninsule Thatcher, à proximité de la station de recherche britannique King Edward Point (sous-zone 48.3). La taille de la population reproductrice, la réussite de la reproduction et le poids des jeunes à la première mue chez les manchots papous font l’objet de contrôles, de même que la croissance des jeunes chez les otaries de Kerguelen. |
| Pointe Edmonson - EDP | Italie | La pointe Edmonson (sous-zone 88.1) est située dans la baie Wood en mer de Ross, les recherches étant menées depuis la station italienne de la baie du Terra Nova, rebaptisée station Mario Zucchelli en 2004. Un suivi de la taille de la population reproductrice des manchots Adélie est assuré sur ce site. |
| Station Syowa - SYO | Japon | La station Syowa (division 58.4.2) est une station de recherche japonaise permanente établie en 1957, située sur l’île East Ongul, dans la baie Holm, en Antarctique de l’Est, où la taille de la population reproductrice des manchots Adélie fait l’objet d’un suivi. |
| Pointe Narebski - NPT | République de Corée | La pointe Narebski est un promontoire rocheux situé sur la côte sud-est de la péninsule de Barton, à l’extrémité sud-ouest de l’île du Roi-George, dans les îles Shetland du Sud (sous-zone 48.1). Les travaux de recherche sont menés depuis la station sud-coréenne King Sejong. La taille de la population reproductrice des manchots papous et des manchots à jugulaire est contrôlée sur ce site. |
| Cap Hallett – CHA | République de Corée | Le cap Hallett (sous-zone 88.1) a été désigné site de contrôle du CEMP en 2018, les activités de contrôle étant menées depuis la station coréenne Jangbogo par la Corée. Sur ce site, le suivi de la taille de la population reproductrice des manchots Adélie se fait au moyen d'un comptage aérien. |
| Île Bouvet – BOI | Norvège | L’île Bouvet est une île subantarctique et une réserve naturelle établie dans l’océan Atlantique Sud (sous-zone 48.6). L’Institut polaire norvégien dispose d’une petite station de recherche conçue pour des séjours de courte durée de deux à quatre mois. Le comportement de recherche de nourriture et la croissance des jeunes otaries de Kerguelen font l'objet d'un suivi ponctuel, tout comme la taille de la population reproductrice et la réussite de la reproduction chez les manchots à jugulaire et les gorfous macaroni. Par ailleurs, les manchots à jugulaire font également parfois l’objet d’un suivi sur la nature du régime alimentaire. |
| Île de Ross – ROS | Nouvelle-Zélande | L’île de Ross (sous-zone 88.1) est située dans la partie occidentale de la mer de Ross. Les recherches sont menées depuis la station néo-zélandaise permanente Scott, établie en 1957. Un suivi de la taille de la population reproductrice des manchots Adélie est assuré sur ce site. |
| Lions Rump (île du Roi-George) – LRP | Pologne | Lions Rump est un promontoire bien visible situé sur le versant occidental de l’île du Roi-George, dans les îles Shetland du Sud (sous-zone 48.1). Les travaux de recherche sont menés depuis la station antarctique polonaise Henryk Arctowski afin de contrôler, chez les manchots Adélie et les manchots papous, la taille de la population reproductrice, la réussite de la reproduction et le poids des jeunes, ainsi que, chez les manchots à jugulaire, la taille de la population reproductrice et la réussite de la reproduction. |
| Île Petermann– PTI | Ukraine | L’île Petermann est située dans l’archipel Wilhelm, à environ 2 km à l’ouest de la péninsule Antarctique (sous-zone 48.1). La base scientifique la plus proche est la station ukrainienne Vernadsky. Cette station a été initialement établie par le Royaume-Uni et transférée à l’Ukraine en 1996. La taille de la population reproductrice et la réussite de la reproduction des manchots papous et des manchots Adélie sont contrôlées sur ce site. |
| Île Galindez– GAI | Ukraine | L’île Galindez (sous-zone 48.1) fait partie des îles Argentine dans l’archipel Wilhelm. La station ukrainienne Vernadsky est située sur l’île Galindez. Ce site est utilisé pour effectuer le suivi de la taille de la population et de la réussite de la reproduction des manchots papous. |
| Île Yalour – YAL | Ukraine | Les îles Yalour constituent un groupe d’îles situées au sud de l’archipel Wilhelm, au sein de la péninsule Antarctique. Découvertes par l’expédition antarctique française en 1903, elles sont aujourd’hui administrées par l’Ukraine. Ce site est utilisé pour effectuer le suivi de la taille de la population reproductrice et la réussite de la reproduction des manchots papous et des manchots Adélie. |
| Cap Shirreff – CSS | États-Unis d'Amérique | Le cap Shirreff est situé à l’extrémité nord de l’île Livingston dans les îles Shetland du Sud (sous-zone 48.1). Les États-Unis assurent le suivi de la taille de la population reproductrice, de la durée des sorties alimentaires, de la réussite de la reproduction, du poids des jeunes à la première mue, du régime alimentaire des jeunes et de la chronologie de reproduction chez les manchots à jugulaire et les manchots papous. Le suivi de la durée des sorties alimentaires et de la croissance des jeunes chez les otaries de Kerguelen est également assuré sur ce site. |
| Baie de l'Amirauté - ADB | États-Unis d'Amérique | La baie de l’Amirauté est située sur le versant est de l’île du Roi-George, dans les îles Shetland du Sud (sous-zone 48.1). Les États-Unis mènent un programme de recherche à long terme dans cette zone et gèrent la station Pieter J. Lenie (également appelée Copacabana). Ce site est utilisé pour effectuer le contrôle des paramètres tels que la durée des sorties alimentaires, la réussite de la reproduction, le régime alimentaire des jeunes et la chronologie de reproduction chez les manchots Adélie et les manchots papous. Un suivi de la réussite de la reproduction, du poids des jeunes à la première mue, du régime alimentaire des jeunes et de la chronologie de reproduction est également assuré dans la baie de l’Amirauté pour les manchots Adélie. |
| Île Marion – MAR | Afrique du Sud | L’île Marion (sous-zone 58.7) est l’une des deux îles du Prince Édouard, découvertes en 1663 et revendiquées par l’Afrique du Sud en 1947. Ce site est utilisé pour effectuer le suivi de la taille des paramètres tels que le poids des adultes à leur arrivée, la réussite de la reproduction, le poids des jeunes à la première mue, le régime alimentaire des jeunes et la chronologie de reproduction chez les gorfous macaroni. Chez les manchots papous, sont contrôlés la taille de la population reproductrice, la réussite de la reproduction, le poids des jeunes à la première mue et la chronologie de reproduction. |